Après une carrière à l’international, Yannick Cartailler s’engage pour une industrie française ancrée dans les territoires. De l’Auvergne à la Chine, retour sur un parcours guidé par l’envie de produire autrement – et localement.
Par LVDA
Après une carrière à l’international, Yannick Cartailler s’engage pour une industrie française ancrée dans les territoires. De l’Auvergne à la Chine, retour sur un parcours guidé par l’envie de produire autrement – et localement.
Je suis Yannick Cartailler, originaire du Livradois, entre Billom et Ambert. J’ai effectué l’ensemble de mes études en Auvergne, d’abord à Thiers, puis à Clermont-Ferrand, où j’ai intégré l’école de commerce. Mon parcours m’orientait vers une carrière locale, mais l’ouverture internationale de l’école m’a donné une tout autre perspective.
J’ai commencé dans les achats et la supply chain dans le secteur de la grande distribution, notamment chez Casino. J’y ai piloté le développement de filières de sourcing à l’international, ce qui m’a conduit à m’expatrier, d’abord en Argentine, puis en Chine. Ensuite, j’ai rejoint une entreprise vendéenne pour développer son activité à l’international, toujours dans le domaine des achats, de la logistique et du business development. Pendant une dizaine d’années, j’ai vécu en Chine, à Hong Kong puis Shanghai, en travaillant avec des géants comme Carrefour, Metro ou Walmart.
À 50 ans, j’ai ressenti le besoin de revenir en Auvergne, à la fois pour des raisons personnelles et professionnelles, et de me lancer dans l’entrepreneuriat avec la volonté de « rendre » au territoire ce qu’il m’avait apporté. J’ai fondé une entreprise de conseil, puis j’ai investi à Thiers dans plusieurs projets, dont un autour des arts de la table, avec l’objectif de produire en France, en rupture avec mes expériences asiatiques.
C’est dans ce cadre que j’ai rencontré les Forces Françaises de l’Industrie (FFI). Avec Pierre-Édouard Morin, nous avons lancé le club FFI Auvergne, organisé des événements et fédéré un écosystème industriel local.
L’industrie ne se joue pas à Paris, mais dans les territoires. L’Auvergne dispose d’un patrimoine industriel fort : Thiers, Ambert, Issoire, mais aussi Saint-Germain-Laprade en Haute-Loire ou les zones industrielles de l’Allier et du Cantal. Il faut que les politiques publiques recréent les conditions d’une réindustrialisation durable : cela passe par la question du foncier, mais aussi et surtout par la formation.
Aujourd’hui, l’image de l’industrie souffre encore d’un imaginaire daté, hérité de Zola. On attire peu de talents, les métiers manuels ont été dévalorisés. Il faut une vraie politique publique pour revaloriser ces filières, faire évoluer les mentalités et réconcilier la jeunesse avec les métiers du « faire ».
Il est urgent de mieux faire connaître l’impact des grands groupes et des ETI dans les territoires. On parle beaucoup de Michelin, seul groupe du CAC 40 à avoir son siège hors de Paris, mais il y a aussi un tissu d’ETI essentielles, souvent invisibles.
Les FFI encouragent le développement de partenariats locaux, plutôt qu’une logique de sous-traitance subie. Nous collaborons par exemple avec Michelin sur des outils comme Smart Industry, qui accompagnent les PME locales.
Nous avons besoin de plus d’ETI. Elles créent un effet de levier : un emploi dans une ETI génère en moyenne 3,2 emplois indirects sur le territoire. Il faut donc reconstruire des filières industrielles locales, fédérer les entreprises, mutualiser des investissements, favoriser la coopération.
Les FFI agissent sur trois fronts :
1.Changer l’image de l’industrie : via les médias (LinkedIn, presse, Les Déviations), nous valorisons les parcours et la fierté des professionnels de l’industrie.
2.Faire de l’influence politique : nous dialoguons avec toutes les tendances politiques. Nous militons notamment pour une réforme de la commande publique, qui pourrait être un levier immédiat pour relocaliser et soutenir l’industrie nationale. Aux États-Unis, 85 % de la commande publique est locale. En France, seulement 15 %.
3.Fédérer une communauté : à Paris comme en région, nous réunissons entrepreneurs, experts, investisseurs et collectivités. En Auvergne, nous organisons des événements mensuels pour créer du lien, accélérer des projets et développer la culture de la coopération.
Pour une industrie souveraine et durable
Oui, un électrochoc industriel est nécessaire. Le Covid a révélé nos dépendances stratégiques. La souveraineté numérique, industrielle, énergétique, agroalimentaire est devenue un impératif. Il faut reconstruire les fondamentaux : faire, produire, transmettre.
Nous avons besoin d’un nouveau récit : une France du faire, une France souveraine, innovante, qui s’appuie sur son territoire et ses talents. Cela concerne aussi l’agriculture et l’artisanat. Il faut remettre le « faire » au cœur de notre économie.
Nous organisons un événement FFI Auvergne le 8 juillet, en partenariat avec LIMAGRAIN. Maxime Costilhes, DG de l’ANIA, interviendra sur la reconstruction des filières agroalimentaires locales. Cette logique de filière est capitale, pour reconnecter production, innovation, agriculture et consommation.
Mon message final : l’industrie nous concerne tous. Elle redonne vie aux territoires, crée du lien entre citoyens, élus, entreprises et financeurs. En Chine, j’ai vu fonctionner un triptyque puissant : entrepreneur, politique et finance autour de la table. En France, ces mondes doivent davantage se parler. C’est la clé pour réussir notre renaissance industrielle.
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