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Jean-Yves Berthon, PDG et Fondateur de Greentech : “Innover, écouter, produire. Et toujours tenir ses engagements.”

Installée à Clermont-Ferrand, l’entreprise Greentech est devenue en trois décennies une référence mondiale des biotechnologies végétales appliquées à la cosmétique, à la pharmacie ou encore à l’environnement. Son fondateur, Jean-Yves Berthon, revient sur la genèse de cette aventure, les choix fondateurs, les intuitions, les défis passés… et ceux à venir.

Par LVDA

Installée à Clermont-Ferrand, l’entreprise Greentech est devenue en trois décennies une référence mondiale des biotechnologies végétales appliquées à la cosmétique, à la pharmacie ou encore à l’environnement. Son fondateur, Jean-Yves Berthon, revient sur la genèse de cette aventure, les choix fondateurs, les intuitions, les défis passés… et ceux à venir.

Comment est née Greentech ? Qu’est-ce qui vous a poussé à créer une entreprise dans les biotechnologies ?

J’ai toujours baigné dans la biologie. Après mes études à Clermont-Ferrand, j’ai fait un doctorat, puis un post-doc en Belgique. J’ai ensuite travaillé dans trois entreprises très différentes : une multinationale de 80 000 personnes, une PME parisienne d’une soixantaine de collaborateurs spécialisée dans la fermentation, puis un groupe agronomique breton où j’ai été chargé de créer un laboratoire de biotechnologie. Ce poste était presque une répétition générale : j’étais payé pour monter ce que j’allais faire ensuite à mon compte.

L’idée de créer une entreprise était là depuis longtemps. J’avais toujours pensé que je me lancerais “quand je serais grand”, vers 40 ans, avec plus de maturité. Finalement, des circonstances humaines – notamment des tensions avec un supérieur hiérarchique – m’ont décidé à franchir le pas plus tôt. Et je suis revenu en Auvergne, une région que je connais bien, humaine, accessible, mais avec une vraie dynamique.

Vous vous êtes lancé seul ?

Oui, j’ai fondé Greentech en 1992. Mais j’ai rapidement été rejoint par deux anciennes doctorantes, Florence et Véronique. Je leur ai proposé de m’aider, sans rémunération immédiate, en attendant les premiers contrats. Je leur ai dit : “Je ne me paye pas non plus, j’ai trois enfants, je paie les charges sociales, mais c’est tout. Si ce contrat se signe, tu es embauchée.” Un mois après, les deux avaient signé un contrat. Puis une quatrième personne est arrivée, puis une cinquième… et l’équipe a grandi.

Et les clients ? Avez-vous réussi à en trouver dès le début ?

Sans clients, je n’aurais pas lancé l’entreprise. Le tout premier contrat, signé au lancement officiel en octobre 1992, a rendu l’entreprise viable. En quelques mois, deux, puis trois clients se sont ajoutés. L’activité initiale était centrée sur la recherche, mais avec une ambition claire : produire.

Je m’étais inspiré de modèles d’entreprises comme BioEurope, qui faisait rêver les jeunes chercheurs mais vivait uniquement de royalties sur des brevets. Sans production, ils ne tenaient pas. Moi, je voulais une base solide : des produits concrets, fabriqués et vendus.

Et c’est la cosmétique qui vous a propulsé ?

Oui, mais ce n’était pas prévu au départ. Nous travaillions dans plusieurs secteurs : agronomie, pharmacie, environnement, agroalimentaire… un peu de cosmétique aussi. C’est ce secteur qui est venu à nous. Après la crise de la vache folle dans les années 90, les ingrédients d’origine animale ont été écartés. Les fabricants ont cherché des alternatives végétales. Et comme peu de fournisseurs maîtrisaient le végétal, nous avons été sollicités.

Nous avons beaucoup écouté les clients, répondu à leurs besoins spécifiques. Sans jamais promettre ce que nous ne pouvions pas faire. Cette honnêteté a créé une forte confiance. Et petit à petit, nous avons su proposer des innovations pertinentes.

Quel rôle joue aujourd’hui la recherche chez Greentech ?

Il est central. Sur 130 collaborateurs, environ 50 travaillent dans les laboratoires, dont 18 docteurs. Certains, comme notre directrice commerciale, sont à l’interface entre les clients et la R&D. D’autres sont des chercheurs au sens classique, en blouse blanche. Nous consacrons environ 15 % de notre chiffre d’affaires à la recherche, entre projets internes et collaborations : avec l’UCA, l’INRA, VetAgro Sup, ou même à l’international – nous avons eu une doctorante à l’université de Santa Barbara, en Californie.

Nous organisons également, tous les deux ans à Vichy, un congrès scientifique unique au monde : le SPIM, pour Skin Physiology International Meeting. Il réunit chercheurs, industriels et étudiants du monde entier autour des dernières avancées sur la peau.

Comment avez-vous construit votre réseau international ?

Il s’est structuré en deux volets : d’un côté les fournisseurs, de l’autre les distributeurs. Nous avons d’abord trouvé des fournisseurs grâce à mes contacts académiques et aux réseaux du commerce extérieur. Nous faisions aussi du “trading” : des entreprises nous appelaient pour acheter des plantes peu communes. Grâce à mes anciennes publications scientifiques, j’avais des contacts dans de nombreux pays. J’ai relancé certains chercheurs, notamment au Brésil, qui m’ont aidé à identifier des fournisseurs fiables.

Côté clients, nous avons commencé par nous rendre nous-mêmes sur les salons, rencontrer les acheteurs, présenter nos produits. Des distributeurs étrangers sont venus nous proposer leurs services. En France, j’ai toujours refusé de déléguer la vente, mais à l’international, j’ai accepté. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de distributeurs, des filiales en Allemagne, aux États-Unis, en Inde, au Brésil, et des clients dans plus de 50 pays.

Vous avez toujours gardé votre siège à Clermont-Ferrand. Jamais tenté de “monter à Paris” ?

On a eu un bureau à Paris, mais ce n’était pas simple à gérer à distance. Finalement, tout est resté ici, en Auvergne. On manque peut-être de liaisons régulières vers Orly, c’est vrai, mais la qualité de vie, l’écosystème local, les infrastructures – notamment le Biopôle – font qu’on n’a jamais eu besoin de délocaliser. Et je croise encore plein de dirigeants qui, faute de vols adaptés, prennent leur voiture. Ce n’est pas forcément mieux pour le climat…

Quels sont les défis actuels pour Greentech ?

D’abord, continuer à croître, tout en gardant notre avance en cosmétique. On nous regarde, on nous observe, parfois on nous copie. C’est flatteur, mais ça crée de la pression. Ensuite, nous avons racheté une activité pharmaceutique qu’il faut maintenant développer. Et puis il y a l’environnement : nous proposons des solutions alternatives aux produits chimiques, notamment pour l’agriculture ou la gestion des eaux usées. Ce sont des solutions plus durables, parfois même plus rentables, mais il faut convaincre. Ce n’est pas facile quand le lobbying chimique reste aussi puissant.

Si vous deviez recommencer aujourd’hui, referiez-vous tout pareil ?

Oui, même si bien sûr, on peut toujours imaginer faire autrement. Ce qui est certain, c’est que j’ai beaucoup appris, que j’ai eu “le feu aux fesses”, comme je dis souvent : il fallait que ça marche, pour moi, pour ma famille, pour ceux qui m’avaient fait confiance. Je crois qu’on peut réussir si l’on travaille beaucoup, si l’on observe bien, si l’on écoute les autres et si l’on agit avec bon sens.

Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur qui veut se lancer aujourd’hui ?

Il faut bien analyser son marché. Même dans un secteur mûr, il y a des opportunités si l’on sait se distinguer. Il faut s’entourer de gens compétents, former une équipe soudée, créer une vraie culture d’entreprise. Chez Greentech, le nom est un programme : le “green” pour le végétal, le “tech” pour la rigueur scientifique. Mais au-delà de ça, il y a une éthique. On respecte nos fournisseurs, nos clients, on partage notre savoir-faire avec des pays moins développés, on transmet des normes, on forme.

Et surtout, il faut travailler. Ce n’est pas toujours un mot à la mode, mais à un moment, il faudra s’y remettre. Et plus on attend, plus ce sera dur.

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