Ivan Tartière, président de la Chambre FNAIM Auvergne, et Sylvie Besson, secrétaire régionale, partagent leur regard sur le marché immobilier auvergnat, les défis du secteur et les perspectives d’avenir.
Par LVDA
Ivan Tartière, président de la Chambre FNAIM Auvergne, et Sylvie Besson, secrétaire régionale, partagent leur regard sur le marché immobilier auvergnat, les défis du secteur et les perspectives d’avenir.
J’ai débuté ma carrière par une formation de banquier, mais mon désir d’entreprendre m’a poussé à acquérir des parts dans une entreprise déjà établie à Clermont-Ferrand. Aujourd’hui, je préside deux structures : Clermont Province et les agences EID situées à Beaumont et Aubière, réunissant au total 26 collaborateurs.
Très rapidement, j’ai été concerné par le syndicalisme professionnel : venant d’une grande structure comme une banque, quand on rejoint une PME, on se retrouve souvent assez seul, surtout si l’on ne fait pas partie d’une franchise.
J’ai donc eu besoin de retrouver un environnement de professionnels ayant les mêmes problématiques, les mêmes enjeux vis-à-vis de nos clients.
Les échanges m’ont tout de suite paru intéressants et je me suis rapidement tourné vers la FNAIM, qui est le premier syndicat immobilier en France.
Je me suis rapidement intégré, et j’ai fait partie du Conseil d’Administration dès ma deuxième année d’adhésion, étant à l’époque parmi les plus jeunes chefs d’entreprise. Cela s’est fait naturellement.
Ensuite, j’ai été vice-président pendant six ans, ce que j’ai beaucoup apprécié, notamment pour dynamiser la chambre, créer des animations, des formations, etc.
J’ai également beaucoup aimé notre rôle d’information : récolter les remontées du terrain pour Paris, et à l’inverse, redescendre les informations nationales vers les professionnels locaux.
Cela m’a beaucoup intéressé. Puis la possibilité de prendre la présidence s’est présentée, et ça s’est fait naturellement.
Aujourd’hui, la FNAIM en Auvergne compte 180 adhérents répartis sur les quatre départements. La majorité est basée sur Clermont-Ferrand et son agglomération.
Il y a plusieurs choses.
Premièrement, la formation. Nous dispensons des formations au niveau local et national, principalement via l’École Supérieure de l’Immobilier, qui appartient à la FNAIM.
Nous organisons deux grands événements annuels, au printemps et à l’automne : des universités et des campus, deux formats différents, qui permettent de rassembler nos confrères sur deux jours.
La loi impose aujourd’hui 42 heures de formation obligatoire tous les trois ans pour les titulaires de la carte professionnelle, et bientôt aussi pour les collaborateurs.
On peut s’en réjouir, car cela élève le niveau de professionnalisme dans nos métiers.
Deuxième volet, l’information.
Nous organisons régulièrement des matinales pour donner des informations réglementaires, présenter de bonnes pratiques, de nouveaux outils et techniques.
Cela permet aux petites structures indépendantes, qui n’ont pas toujours le temps de suivre l’actualité concurrentielle ou d’analyser toutes les évolutions du marché, d’avoir accès à une information condensée et utile.
Tout cela est fait dans une optique de convivialité.
Pour mobiliser nos confrères, il faut d’abord créer du lien humain. Plus on se connaît, plus on travaille en confiance, plus on fait du business ensemble. Nous sommes des confrères, pas des concurrents. Notre vrai concurrent, c’est le particulier à particulier.
Enfin, nous avons également un rôle de représentation locale.
Grâce à la cellule FNAIM Lab, nous avons accès à des données précises (volumes de vente, tendances locales, études sur les stations balnéaires et touristiques, etc.), que nous utilisons pour aller dialoguer avec les décideurs politiques locaux.
L’Auvergne est ce que j’appelle « un marché de bons pères de famille ».
Ici, pas de grandes envolées comme à Lyon ou dans d’autres grandes métropoles : ni sur les volumes, ni sur les prix. Les fluctuations restent modérées, qu’il s’agisse de hausses ou de baisses.
Cette stabilité a un avantage : en période de crise, l’impact est souvent plus contenu, ce qui nous permet d’amortir les chocs plus facilement.
Après plusieurs années particulièrement dynamiques — notamment juste après la crise du Covid, où tout se vendait rapidement et parfois à des prix déconnectés —, l’année 2023-2024 a été beaucoup plus difficile.
Le marché a connu un recul, mais il semble aujourd’hui avoir atteint son point bas. Depuis quelques mois, nous observons un redémarrage progressif.
L’immobilier est souvent la cible facile du législateur.
C’est un secteur vu comme rentier, et nos derniers gouvernements ont tendance à pénaliser la rente.
On fait partie des secteurs les plus taxés, à tous les niveaux.
Des mesures comme la loi Climat et Résilience sur les DPE ont encore compliqué les choses.
Même si l’objectif écologique est louable, le calendrier est irréaliste.
Et les méthodes de calcul du DPE sont parfois absurdes.
Le problème, c’est qu’on envoie de mauvais signaux aux investisseurs et aux propriétaires.
La fiscalité est lourde, les obligations techniques sont lourdes, et les aides sont insuffisantes, surtout pour les petits bailleurs.
Le premier défi est de rassurer. Rassurer les vendeurs et les acheteurs. Leur dire que l’immobilier reste une valeur refuge. Nous devons aussi accompagner nos clients dans la rénovation énergétique, malgré la pauvreté des dispositifs d’aide. L’envie d’acheter est toujours là : les Français veulent devenir propriétaires.
Mais aujourd’hui, tout est fait pour compliquer leur parcours.
L’Auvergne pourrait être très attractive : qualité de vie, proximité de la nature, prix de l’immobilier accessibles. Mais les politiques locales tendent à appliquer des schémas parisiens : on réduit les zones constructibles, on bloque l’étalement urbain. Pourtant, ici, les familles cherchent à vivre dans un pavillon avec jardin, pas à s’entasser dans des appartements en centre-ville.
On est en train de rendre nos territoires moins accessibles alors que nous pourrions accueillir les déçus de la grande métropolisation.
Oui.
Même si l’effet s’est un peu estompé, les attentes en matière de confort, de proximité avec la nature restent fortes. Les parcours résidentiels ont évolué : on achète plus tard, souvent à deux, parfois sans passer par la case “petit studio”.
Beaucoup de jeunes réfléchissent aussi à acheter pour se constituer un patrimoine locatif, dès qu’ils le peuvent.
Il faut rétablir la confiance.
Encourager l’investissement immobilier, soutenir fiscalement les propriétaires bailleurs, revoir les calendriers réglementaires.
Il faut adapter la transition écologique aux réalités locales et cesser d’envoyer des signaux négatifs qui bloquent l’initiative privée.
Oui, je reste optimiste.
Nous avons un marché solide, une qualité de vie enviée, des entrepreneurs dynamiques.
Mais il faudra piloter tout cela avec finesse.
Le marché peut vite se dérégler si l’on prend de mauvaises décisions.
La confiance est fragile et longue à reconstruire.
Le PLU intercommunal va fortement limiter les possibilités de construire. Cela risque de bloquer complètement l’offre de logements, y compris pour le logement social. Les délais d’urbanisme sont longs (5 ans minimum entre décision politique et mise en service d’un programme), si on ferme aujourd’hui le marché du foncier, on va asphyxier le territoire demain. Le manque d’anticipation des besoins en infrastructures scolaires, commerciales, de mobilité est criant.
Enfin, en matière d’immobilier professionnel, le territoire peine à attirer des acteurs économiques car l’offre foncière est insuffisante.
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